biographie

C’est d’abord mon amour pour la poésie qui m’a conduite à la peinture !
La musique et la profondeur des mots ne sont-elles pas si proches de la magie et de l’alchimie des couleurs ? Il y a aussi la sensibilité artistique héritée d’un grand-père et d’une mère, pour qui l’art signifiait tout simplement une raison de vivre.

Puis, c’est l’amour du dessin, des croquis de voyages que j’ai voulu mettre en couleur.

Ainsi, de façon graduelle, le besoin d’explorer mon univers intérieur à travers la peinture s’est imposé à moi.

Rien ne coule de source lorsque je peins, je déploie un vrai travail de recherche, d’introspection. Pourtant je me sens privilégiée, placée hors du temps et de l’espace. Il s’agit d’une quête de sensations, parfois contrastées, au cours de laquelle l’intuition et le hasard jouent un rôle important.
Dans un premier temps, j’essaye d’intérioriser la fascination qu’exerce sur moi la nature, les paysages sans cesse renouvelés de mon environnement, de la montagne,
du lac Léman…

Puis, au moment jugé opportun, je restitue mes impressions à l’aide de l’aquarelle et des techniques mixtes; encre, huile, collages, acrylique et gravure. Chaque nouvelle réalisation est un recommencement, une ascension intérieure par une voie inconnue. Avec l’expérience, je m’éloigne du figuratif, pour tendre vers ce que j’aime appeler «ma réalité abstraite». Très humblement, je me sens proche du poète lorsque je dépose sur la toile des fragments de moi-même.

Et mon rapport avec ceux qui regardent ma peinture ? Je leur la livre avec pudeur, mais aussi avec la curiosité de voir les émotions qu’elle suscite en eux.

Quelques textes de mes auteurs favoris sur le thème…

des lacs…

Clair et placide Léman ! Ton lac, en contraste
Avec le monde turbulent que j’habitai, est un objet
Qui m’avertit, par sa tranquillité, d’abandonner
Les eaux inquiètes de la terre pour une source plus pure.
Cette voile immobile est comme une aile silencieuse
Dont le battement m’arrache au tumulte ; jadis j’aimais
Le rugissement de l’océan déchaîné, mais ton doux murmure
Fait un bruit suave, comme si la voix d’une sœur me reprochait
D’avoir par de sombres plaisirs jamais été transporté de la sorte.

C’est le silence de la nuit, et toute chose, depuis ta rive
Jusqu’aux montagnes, est obscure mais nette,
Adoucie et mêlée, distinctement vue cependant,
Sauf le Jura assombri, dont les cimes coiffées semblent
Dressées à pic ; et, arrivant tout près,
S’exhale du rivage un vivant parfum
De fleurs encore fraîches de jeunesse ; pour l’oreille
S’égoutte la goutte légère de la rame suspendue,
Ou fait retentir le grillon un dernier chant de bonsoir.

Ce ne fut point fiction, si Rousseau choisit cet endroit
Pour le peupler d’affection; mais il reconnut
Que c’était le séjour que la passion doit assigner
Aux êtres purifiés de l’esprit ; c’était la terre
Où le jeune Amour dénoua la ceinture de sa Psyché,
Et la sanctifia par la beauté : lieu solitaire,
Merveilleux et profond de douceur ; ici le Rhône
A étendu sa couche, et les Alpes ont élevé leur trône.

– Lord Byron


A ce divin tableau, la rame lente oublie
De frapper sous le bord la vague recueillie ;
On n’entend que le bruit des blanches perles d’eau
Qui retombent au lac des deux flancs du bateau,
Et le doux renflement d’un flot qui se soulève,
Sons inarticulés d’eau qui dort et qui rêve !…
O poétique mer ! il est dans cet esquif
Plus d’un cœur qui comprend ton murmure plaintif ;
Qui, sous l’impression dont ta scène l’inonde,
Pour soulever un sein, s’enfle comme ton onde ;
S’ouvre pour réflêchir, à l’alpestre clarté,
La nature, son Dieu, l’amour, la liberté ;
Et ne pouvant parler sous le poids qui le charme,
Répand le dernier fond de toute âme…une larme !

— Lamartine


La brume de lumière était toujours là. D’un jaune paille très tendre, elle se mêlait à des gris où se devinaient déjà les montagnes de Savoie. Bisontin les guettait. Il savait le combat qui allait se livrer entre l’ombre et la lumière. Il eût aimé regarder partout à la fois.
Devant lui, où se creusaient des puits bleutés au fond desquels apparaissaient de manière fugitive des neiges et des terres mauves ; à sa droite, où la masse des brouillards semblait s’épaissir et s’avancer vers lui ; à sa gauche, où l’eau brasillait, fumait, accrochait le feu d’un soleil encore invisible mais déjà présent. Le cœur de l’incendie explosa soudain et de longues flammes vinrent lécher la rive jusqu’à ses pieds. (…)
Puis il regarda à nouveau, pris par cette féerie qui n’était là que pour lui et qui semblait appartenir à un autre univers. Toutes ces lueurs et ces ombres mêlées entraient en mouvement, et c’était un peu comme si le lac tout entier se mis à fumer, pareil à une soupe sur un grand feu, un feu dont les lueurs jouaient partout. Le vent ne venait pas vraiment du nord et chantait pourtant avec le même accent que la bise. Il malaxait cette vapeur, la pourrait vers les lointains, la ramenait parfois jusqu’à la rive. Soudain une large déchirure se creusa, toute dentelée d’or et d’argent, avec des gouffres bleus et violet. Au fond du plus profond et du plus large de ces gouffres, apparut une montagne blanche et mauve, aiguë, aux arêtes tranchantes comme celles des silex. Une montagne lointaine et qui, à cause de la lumière, paraissait si proche qu’on avait envie de la toucher.(…)
La première chose qu’ils découvrirent avant même d’atteindre la maison, ce fut le lac. Bisontin le reçut en plein visage et en plein cœur, dans toute sa grandeur d’hiver. Il était là, à la fois proche et lointain, poli par la bise et le soleil qui s’unissaient pour lui donner plus d’éclat encore qu’à la neige. Il était une nappe d’or pâle entre ces montagnes d’argent où se dessinaient des coulées bleues immobiles. Tous ces ruisseaux figés charriaient des cendres lumineuses jusqu’au lac qui les métamorphosait en paillettes de feu…

— Bernard Clavel


Comme un tissu léger, le Léman est étendu dans la plaine, roulant aux pieds des monts son azur, où le vent du midi brode de petites lames d’argent. Rafraîchie par les neiges qu’elle a traversées, cette pure haleine badine dans la lumière et la chaleur du jour. Les Alpes croisent avec grâce et fierté deux de leurs bras autour du roi des lacs confié à leur garde. Elles s’inclinent devant lui tantôt gravement, tantôt avec un sourire, mais toujours avec amour. A l’orient, immobiles de toute leur hauteur, elles fuient au couchant dans des poses variées, par une dégradation harmonieuse. Elles se rencontrent dans une ligne correcte et suave, et finissent en s’abaissant, mais sans se perdre tout à fait, dans un lointain vague et profond. De son côté, le plateau, ceint de l’écharpe bleue du Jura, apporte joyeusement ses prés, ses champs, ses vignes, ses cités, ses vergers et ses villages. Là, il descend au large sur une pente insensible ; tandis que par ses golfes nombreux le lac remonte pacifiquement contre lui. Ici se soulève et bientôt jette un rivage escarpé mais que l’onde cisèle encore. Et voici que par un retour capricieux, le lac se montre au fond d’un gouffre, sous l’arc étroit des rochers à pic qui se tendent devant ses flots ; ailleurs, entre la pente aride et ses eaux foncées, il n’y a plus que l’abîme des airs sur l’abîme de sa profondeur.
Une ligne où la grâce et la pureté rivalisent, a dessiné ses bords.
Elle se courbe, se brise, se gonfle et s’étend, s’élance ou se cache, sans se heurter ni s’effacer jamais.
Harmonie ! harmonie ! ce lac est à toi. D’autres auront autant d’éclat, de fraîcheur, de transparence et d’azur, des rivages escarpés, des ombrages, des glaciers et des fleurs. Aucun n’a ses aspects changeants, son harmonie.
Aucun n’a tant d’amour…

— Juste Olivier


J’étais donc sous les pins du Jorat : la soirée était belle, les bois silencieux, l’air calme, le couchant vaporeux, mais sans nuages.
Tout paraissait fixe, éclairé, immobile : et dans un moment où je levai les yeux après les avoir tenus longtemps arrêtés sur la mousse qui me portait, j’eus une illusion imposante que mon état de rêverie prolongea. La pente rapide qui s’étendait jusqu’au lac se trouvait cachée pour moi sous le tertre où j’étais assis ; et la surface du lac très inclinée, semblait élever dans les airs la rive opposée. Des vapeurs voilaient en partie les Alpes de Savoye confondues avec elles et revêtues des mêmes teintes : la lumière du couchant et le vague de l’air dans les profondeurs du Valais élevèrent ces montagnes et les séparèrent de la terre, en rendant leurs extrémités indiscernables ; et leur colosse sans forme, sans couleur, sombre et neigeux, éclairé et comme invisible, ne me parût qu’un amas de nuées orageuses suspendues dans l’espace : il n’était plus d’autre terre que celle qui me soutenait sur le vide, seul, au sein de l’immensité.
Ce moment-là fut digne de la première journée d’une vie nouvelle : j’en éprouvai peu de semblables. Je me promettais de finir celle-ci en vous en parlant tout à mon aise, mais le sommeil appesantit ma tête et ma main : les souvenirs et le plaisir de vous les dire ne sauraient l’éloigner ; et je ne veux pas continuer à vous rendre si faiblement ce que j’ai mieux senti…

— Etienne Pivert de Senancour


Parfois, au couchant, elles ont la couleur des champs de trèfle qu’on vient de faucher ; ou, quand le ciel est gris, elles sont grises et nacrées comme le dedans des coquilles d’huîtres ; ou, quand il fait de la bise et que le ciel est clair, elles sont sombres, mouchetées de blanc ; elles soulèvent le limon des rives, et le lac est ourlé de jaune.
Aimes-tu les vagues comme je les aime, parce qu’elles ressemblent à des petites filles qui s’amusent à courir en bandes en se donnant la main, et pour leur repos qui est doux comme il arrive après un long voyage ?

— C.-F.Ramuz

et des montagnes…

Le dimanche soir, les filles vont souvent chanter au calvaire. Elles y vont après le chapelet; c’est l’heure douce, celle où le soleil s’est couché et ce n’est pourtant pas tout à fait la nuit; ou bien c’est déjà la nuit dans le fond des vallées, mais là-haut, sur les crêtes, un reste de lumière est encore visible. On a vu les glaciers devenir roses, ayant dabord été dorés; puis ce rose a passé au violet; et à présent encore, ils éclairent là-bas, quoique déjà pâlis et se fondant dans l’ombre.

— C.-F.Ramuz


Et le brouillard devient toujours plus transparent; comme une étoffe s’amincit à l’usure, puis s’éfiloche et se déchire, voilà qu’il flotte à présent en lambeaux. Le village se découvre. L’humidité de l’air et la pluie l’ont fait tout noir, tandis que les murs au contraire paraissent plus blancs; et autour un drôle de paysage s’est montré: un paysage mouillé, tout brun et nu; et au-dessus, planant, de grandes masses molles, des morceaux gris d’argent, imbibés de lumière, la brume qui s’en va.

— Le village dans la montagne, C.-F.Ramuz


Il y a encore une flamme au ciel, qui tombe et allume la neige, et allume aussi les rochers. Mais le soleil s’abat tout à coup comme un oiseau qu’on tire au vol; alors à l’occident une ombre se détache et pend. Tandis qu’à l’orient le reflet dure encore, avec sur les arêtes comme des étincelles; mais peu à peu la couleur flêtrit, puis passe et devient violette, et cependant le ciel pâlit.

— Le village dans la montagne, C.-F.Ramuz


Rien ne bougeait plus nulle part sous une cendre impalpable qui était la lumière de la lune; on la voyait flotter mollement dans les airs ou être déposée en mince couche sur les choses, partout où elle avait trouvé à s’accrocher.

— Derborence, C.-F.Ramuz


Il y a une grande paix sur les montagnes qu’on voit rangées haut dans les airs en demi-cercle autour de vous. (…) On voit, par-dessus les toits le vide que fait la vallée être tout rempli ce matin d’une douce vapeur où la couleur du soleil est à côté de la couleur de l’ombre, les deux couleurs étant cousues ensemble comme les bandes d’un drapeau.

— Derborence, C.-F.Ramuz


En somme la beauté est partout. Ce n’est pas elle qui manque à nos yeux, ce sont nos yeux qui manquent à l’apercevoir.

— Inconnu

marcher pour rencontrer la joie…

Marcher pour rencontrer la joie: Ce que ça jouait c’était triste et large exactement comme ce plateau et ça avait autant de chemins tout ouverts qui s’enfonçaient dans la tristesse et dans le large.
Et, au fond, ça donnait tout à coup l’idée que sur un de ces chemins, ou peut-être sur tous, on pouvait rencontrer la joie. Et alors, on avait envie de partir et on pensait que peut-être la joie était au-dessus des chemins de la terre comme un arc-en-ciel, et qu’elle les enjambe tous, et que quand on ne la voit pas, c’est seulement parce que l’on est mal placé; il suffit alors de marcher pour arriver à l’endroit où l’on sera dans la pluie, sous la pluie luisante de la joie, n’est-ce pas ?

— Jean Giono