quelques mots sur la migration

J’aime souvent dire que marcher c’est aller à la quête de la joie et de la spiritualité.
Marcher c’est une source de Liberté. Marcher pour découvrir, pour parcourir, pour rêver le paysage, le façonner, le magnifier et s’émerveiller des trésors que nous offrent la nature.
Marcher pour se retrouver, faire corps avec l’environnement, ressentir la joie d’exister.
Marcher c’est aussi oublier le quotidien, les successions d’actualités catastrophiques que l’on nous rapporte quotidiennement.

Mais marcher c’est aussi fuir l’insoutenable, l’inacceptable…

Comment ces familles, ces jeunes gens peuvent tout quitter, si ce n’est pour survivre ?
Comme doit être immense leur désespoir pour les pousser à partir, à marcher des jours entiers, des semaines, des mois, pour finalement naviguer sur des radeaux de fortune. Quelle est cette abnégation, cette résilience ?
Serait-ce pour certains, sauver leurs enfants, pour d’autres, leur dignité, ou est-ce simplement la peur de mourir. Comment laisser leur proches, leur maison, leurs biens, leur passé, leur vie, si ce n’est pour revenir auprès d’eux dans l’espoir d’avoir gagné de l’argent et de les aider. Comment avoir le courage de perdre sa propre vie pour mieux la gagner. Quel paradoxe et quel long chemin proche de l’enfer.

Je les admire beaucoup et je ressent tant d’empathie, je voulais le partager avec vous, nous, les chanceux.
Par mon approche, en voulant mettre mes pas dans les leurs, j’ai certainement voulu malgré moi transcender mes peurs, les exorciser et faire prendre conscience à mes proches de cette réalité, les sensibliliser.

J’ai envie de donner un sens à mon travail, à ma recherche picturale, qui semble parfois futile, non essentielle, égoïste et vaine et par ce biais-là, leur offrir de mon temps en récoltant quelque argent du bénéfice des ventes de mes tableaux; ma manière à moi de m’engager.
J’ai du faire des recherches, j’ai apprivoisé l’abstraction, essayé de trouver une esthétique qui touche, qui interroge mais qui ne choque pas.

Dans ce monde d’hyper-consommation, donner de son temps, un peu de son argent et surtout de son engagement me semble naturel.

Je sais qu’ici en suisse nous avons beaucoup de gens dans le besoin mais nos services sociaux sont souvent en mesure de les aider.

Ces migrants n’ont aucune aide. Ils sont méprisés, abusés, exploités, écrasés, ils méritent un peu d’humanité et Sos Méditerranée fait le premier pas en venant à leur secours, pour les empêcher de se noyer et pour qu’ils gardent un espoir.

C’est notre devoir de les soutenir.

Lors de ma future exposition collective au Forum de l’Hôtel de Ville à Lausanne qui se tiendra du 15 au 26 février 2022, je donnerai, nous donnerons à SOS Méditerrannée le bénéfice des ventes de mes, de nos tableaux.

marcher pour rencontrer la joie…

Marcher pour rencontrer la joie: Ce que ça jouait c’était triste et large exactement comme ce plateau et ça avait autant de chemins tout ouverts qui s’enfonçaient dans la tristesse et dans le large.
Et, au fond, ça donnait tout à coup l’idée que sur un de ces chemins, ou peut-être sur tous, on pouvait rencontrer la joie. Et alors, on avait envie de partir et on pensait que peut-être la joie était au-dessus des chemins de la terre comme un arc-en-ciel, et qu’elle les enjambe tous, et que quand on ne la voit pas, c’est seulement parce que l’on est mal placé; il suffit alors de marcher pour arriver à l’endroit où l’on sera dans la pluie, sous la pluie luisante de la joie, n’est-ce pas ?

— Jean Giono